Voilà des mois et des semaines qu’il ne s’était rien passé d’intéressant à Widow Creek. J’en profite d’ailleurs pour rassurer tous nos lecteurs, nous avons retrouvé le chat de l’âme grise n°456534435345B, il s’était caché chez un voisin. Je pensais bien mon heure venue de mettre la clef sous la porte et d’abandonner la Gazette de Widow Creek. Pour tout vous dire, j’étais à deux doigts de démissionner quand j’ai entendu hier soir, comme tout le monde, des cris stridents fendre la nuit de notre charmante bien que morne ville. Ni une ni deux, je me suis préparée en vitesse et me suis précipitée dans la rue. Les cris étaient si forts que j’en avais mal aux oreilles. Une telle puissance vocale ne pouvait provenir que d’une personnalité, ça résonnait comme un tonnerre aigu, perçant, certaines vitres éclatèrent tandis que je courrais dans les rues à la recherche de la source de ces cris. Au bout d’une vingtaine de minutes, je finis par la trouver.
Une femme obèse, en nuisette, se tenait au milieu d’une rue en hurlant de manière hystérique. Face à elle, des Âmes Noires dépêchées par le chef de police Juan Ramirez étaient arrivées, armées jusqu’aux dents pour mettre un terme à ce trouble de l’ordre publique. Malheureusement, les cris de la grosse étaient si puissants que les Âmes Noires se tordaient de douleur à chaque fois qu’elle se mettait à hurler. Suite à l’incident, cinq d’entre eux ont du être emmené à l’Hôpital des Grâces pour cause d’hémorragie cérébrale. De mon côté, je m’empressais de mettre des boules NoSound dans mes oreilles. Malgré cette précaution, je parvenais toujours à entendre les hurlements de cette hideuse femme mais cela demeurait heureusement supportable et je pus m’approcher. A cause de la nuit et du mauvais éclairage de la rue, je ne l’avais pas reconnue mais à trois mètres d’elle, il m’était impossible de me tromper. Ces cheveux roses légendaires… ces yeux clairs… Ce tas de graisse hurlant, c’était Deirdre Lapaire!!
Je restais là sans voix à essayer de comprendre ce qui avait bien pu lui arriver lorsqu’elle s’écroula d’un coup sur le sol. Je ressentis alors une sensation de désespoir intense, une tristesse infinie m’envahit et je reconnus là le signe de la présence de Mina Solentskaïa. Je pris rapidement un cachet anti-suicide pour me protéger et elle parvint à ma hauteur, longue, toute de noir vêtue, sa longue chevelure de nuit flottant dans l’air comme animée d’une vie propre. Mina tenait à la main une sarbacane et je compris qu’elle venait d’envoyer un sédatif à Deirdre Lapaire. “Ne vous inquiétez pas, me dit-elle. L’ennui des dernières semaines l’a considérablement fait grossir et elle ne le supporte pas. Je l’emmène au Manoir de Lekter. Elle va aller mieux, vous verrez…”
Les infirmiers de l’hôpital psychiatrique durent se mettre à cinq pour pouvoir transporter le corps inanimé de Deirdre Lapaire jusque dans une ambulance rongée par la rouille qui cracha de la fumée noire en démarrant, juste avant de disparaître dans la nuit redevenue silencieuse.



