J’ai vieilli. Comme tout le monde, je ne sais pas ce qui s’est passé durant le black out mais j’en contemple aujourd’hui le résultat: des rides, des signes de fatigue, une peau un peu plus terne, une poitrine et des fesses un peu plus tombantes. Et j’ai maigri aussi, mon visage s’est émacié et la peau de mes mains commencent à se friper. Je m’assèche.
En soi, me voir ainsi vieillir ne me fait pas vraiment peur, je ne suis pas Deirdre, j’accepte les outrages du temps, je trouve qu’ils donnent du chien, du mordant et si je cerne mes yeux de khôl et revêts l’une de mes longues tuniques, je sais que j’ai la prestance et l’aura d’une prêtresse antique devant qui l’on s’incline. Ma vieillesse est moins un problème que la jeunesse des filles de The Red House. Si j’étais Louis, je crois que je n’hésiterai pas à éventrer leurs jolis corps pour me repaître de leurs organes, ils contiennent sûrement une sorte d’élixir. Mais à chacun doit rester à sa place et après tout si la vue des filles me dérange, je devrais arrêter de les embaucher, je pourrais mettre la clef sous le paillasson, fermer The Red House et clore l’histoire du plus réputé des bordels de Widow Creek. Malheureusement, je sais que je ne pourrai jamais faire ça. Je suis et resterai à jamais Charlotte de Winter, la reine des putes, et même vieille, je me dois de tenir mon rang et d’écarter les jambes. Après tout il y a des choses que je sais faire que toute leur jeunesse ne pourra jamais compenser.
Malgré tout, je vois le regard des hommes, j’entends leurs “Madame” teintés d’admiration et de respect, certains sourient aux souvenirs d’alcôves que ma vue leur rappelle, mais la fascination que je peux exercer sur eux trouve sa limite quand ils posent les yeux sur un décolleté de vingt ans. Mes jolies putes… Je deviens mauvaise avec elle et me suis surpris à reprendre le petit fouet que j’utilisais autrefois pour les dresser et je les frappe aujourd’hui, juste pour le plaisir de voir leur peau si fraîche rougir sous les lacets. Sur le coup ça soulage mais l’effet ne dure pas longtemps. Juste le temps d’oublier que Roman court derrière ces jupons affriolants et que moi, je me masturbe en l’attendant. Peut-être que je devrais l’enfermer? Je pourrais même faire poser des scellés sur toutes les portes du dernier étage… Je pourrais aussi l’enchaîner au lit… Tout faire pour l’empêcher de sortir… L’idée est séduisante mais… je ne suis pas certaine que cela me satisfasse…
Mes jolies putes… Elles finiront bien par me tuer.
